BITCOIN : ET SI LE CYCLE DE QUATRE ANS ÉTAIT MORT ?

BITCOIN : ET SI LE CYCLE DE QUATRE ANS ÉTAIT MORT ?

Pendant des années, Bitcoin a semblé obéir à une horloge presque religieuse. Tous les quatre ans environ, le halving réduisait la récompense des mineurs. La nouvelle offre diminuait. Le marché se réveillait. Les récits revenaient. Les anciens expliquaient aux nouveaux qu’il fallait patienter. Puis venait la hausse, l’euphorie, les prédictions absurdes, les captures d’écran de portefeuilles, les experts improvisés, les cousins qui demandaient s’il était encore temps d’acheter, et enfin la chute. Un cycle. Encore un. Comme si Bitcoin, malgré toute sa radicalité, restait prisonnier d’un vieux métronome.

Ce récit a structuré l’imaginaire de Bitcoin pendant plus d’une décennie. Il était simple, puissant, presque confortable. Accumulation avant le halving. Tension après le halving. Explosion. Excès. Nettoyage. Hiver. Puis recommencement. Les graphiques historiques semblaient le confirmer. Les dates changeaient, les personnages aussi, mais la structure revenait. Le cycle de quatre ans était devenu une boussole mentale. Pour certains, presque une loi naturelle. Mais une question devient impossible à éviter : et si cette boussole était en train de se casser ?

Pas parce que Bitcoin aurait changé. Le protocole n’a pas renoncé à ses règles. Le halving existe toujours. Tous les 210 000 blocs environ, la récompense des mineurs est divisée par deux. Depuis avril 2024, cette récompense est de 3,125 BTC par bloc. La rareté programmée reste intacte. Les 21 millions restent intouchables. Le réseau continue d’avancer bloc après bloc, sans comité monétaire, sans banque centrale, sans conférence de presse. De ce point de vue, rien n’a bougé. Mais le marché autour de Bitcoin, lui, a changé. Et c’est peut-être là que l’ancien cycle commence à mourir.

Amberdata l’écrit de manière frontale dans ses perspectives 2026 : selon leur analyse, le cycle du halving est terminé comme moteur dominant du prix. La raison est simple : les flux des ETF spot Bitcoin déplaceraient désormais des volumes quotidiens largement supérieurs à la nouvelle offre minée. Amberdata indique que les flux ETF peuvent représenter environ douze fois l’offre quotidienne issue du minage, ce qui ferait des flux institutionnels le moteur marginal du prix, bien plus que la pression de vente des mineurs. Cette phrase change tout.

Pendant longtemps, le halving était puissant parce qu’il modifiait directement la mécanique de l’offre nouvelle. Moins de BTC entraient sur le marché. Si la demande augmentait ou restait forte, le déséquilibre pouvait provoquer une hausse spectaculaire. Cette logique n’a pas disparu. Elle reste vraie en théorie. Mais elle devient moins centrale si les flux entrants et sortants des ETF dépassent massivement l’impact quotidien de la nouvelle émission. Autrement dit : le halving réduit toujours l’offre. Mais Wall Street peut désormais déplacer la demande beaucoup plus vite.

C’est là que l’ancien monde du cycle simple se fissure. Avant, on regardait les mineurs. Aujourd’hui, il faut regarder les ETF. Avant, on regardait principalement l’émission. Aujourd’hui, il faut regarder les flux institutionnels, la liquidité mondiale, les taux américains, l’appétit pour le risque, les trésoreries d’entreprise, les régulateurs, les banques, les sorties de capitaux, les mouvements de BlackRock, les allocations de fonds et les comités d’investissement qui n’ont jamais lu une ligne du white paper mais peuvent déplacer des milliards. Bitcoin n’a pas changé. Le théâtre autour de lui s’est rempli de nouveaux acteurs. Et ces acteurs n’ont pas le même rapport au temps.

Le cycle de quatre ans était un récit de patience. Il demandait d’attendre. D’accumuler. De supporter l’ennui. De traverser les hivers. Il récompensait ceux qui comprenaient la rareté programmée avant la foule. Mais le capital institutionnel ne pense pas toujours en cycles de conviction. Il pense en flux, en arbitrages, en risques, en taux, en liquidité, en performance relative. Il entre si Bitcoin devient attractif dans un portefeuille. Il sort si le dollar se renforce, si les rendements obligataires augmentent, si les clients dé-risquent, si la volatilité devient trop lourde ou si la macro se détériore. Ce n’est pas du hodl. C’est de la gestion. Et la gestion peut dominer le court terme.

C’est pour cela que le vieux modèle devient insuffisant. Il ne suffit plus de dire : “Le halving a eu lieu, donc la hausse viendra.” Ce raisonnement a peut-être encore une part de vérité, mais il est trop pauvre pour décrire le marché actuel. Le halving agit comme une force structurelle lente. Les ETF et la macro agissent comme des forces rapides. Une réduction quotidienne de l’offre peut soutenir une tendance sur le long terme, mais un flux institutionnel massif peut écraser cette logique pendant des semaines ou des mois. C’est brutal, mais c’est la réalité du marché mature. Un marché jeune obéit davantage à ses propres mythes internes. Un marché institutionnalisé obéit aussi aux forces du système qu’il attire.

Voilà le paradoxe. Bitcoin a été créé pour sortir du système fiat, mais son prix est de plus en plus influencé par les conditions du système fiat. Les taux de la Fed, les rendements obligataires, les anticipations d’inflation, la liquidité mondiale, les ETF, les bilans institutionnels, les risques géopolitiques, les sorties de capitaux : tout cela pèse désormais sur Bitcoin. Non pas sur le protocole. Sur le prix. Le protocole reste souverain. Le marché, lui, reste nerveux.

Il faut donc faire une distinction fondamentale. Le cycle de quatre ans peut être mort comme modèle simple de prix, sans que le halving soit devenu inutile. La rareté programmée reste le cœur de Bitcoin. Mais la rareté n’agit pas seule. Elle rencontre la demande. Et la demande n’est plus uniquement celle des particuliers, des exchanges crypto, des mineurs et des cycles internes. Elle est désormais médiée par Wall Street, par les ETF, par les banques, par les entreprises, par les fonds et par une macroéconomie mondiale instable. C’est moins romantique. Mais plus sérieux.

Un Bitcoin plus mature ne signifie pas un Bitcoin plus prévisible. C’est même peut-être l’inverse. Quand il était plus petit, ses cycles semblaient plus lisibles parce que moins de forces externes le traversaient. Aujourd’hui, Bitcoin est plus gros, plus surveillé, plus intégré, plus liquide, plus institutionnel. Il attire des capitaux plus puissants, mais aussi plus froids. Il gagne en légitimité, mais perd une partie de sa simplicité narrative. Le vieux cycle rassurait parce qu’il donnait une histoire facile à raconter. Aujourd’hui, l’histoire devient plus compliquée.

Il ne suffit plus de regarder la date du halving. Il faut regarder qui détient. Qui achète. Qui vend. Où passent les flux. Quelle part est en self-custody. Quelle part est dans les ETF. Quelle part est détenue par des entreprises. Quelle part devient du collatéral. Quelle part dort vraiment. Quelle part peut sortir en un clic depuis un produit financier. Le marché Bitcoin n’est plus seulement une arène de croyants, de traders et de mineurs. C’est une architecture hybride où coexistent des hodlers ultra-convaincus, des banques opportunistes, des fonds tactiques, des États curieux, des entreprises de trésorerie, des ETF géants et des particuliers qui ne savent pas toujours s’ils possèdent vraiment ou s’ils sont simplement exposés.

Dans ce contexte, la question “le cycle est-il mort ?” doit être posée avec précision. Le cycle psychologique n’est pas mort. La peur, l’euphorie, la cupidité, le désespoir, le FOMO, la capitulation, tout cela reste profondément humain. Les marchés changent d’outils, pas de cerveau. Les investisseurs continueront d’acheter trop tard, de vendre trop tôt, de croire que cette fois tout est différent, puis de jurer qu’on ne les y reprendra plus avant de recommencer au cycle suivant. La psychologie de marché ne disparaît pas parce qu’un ETF existe. Elle porte simplement un costume plus cher. Mais le cycle mécanique, lui, est peut-être affaibli.

Avant, le halving était le grand événement autour duquel tout s’organisait. Aujourd’hui, il devient une force parmi d’autres. Il continue de réduire l’émission. Il continue de rappeler la rareté. Il continue de faire partie du récit profond de Bitcoin. Mais il n’est peut-être plus le chef d’orchestre unique. Les ETF peuvent accélérer ou freiner. La macro peut amplifier ou neutraliser. Les entreprises peuvent absorber l’offre. Les régulateurs peuvent ouvrir ou fermer des portes. Les banques peuvent vendre l’exposition tout en domestiquant le récit. Le marché n’est plus un métronome. C’est une bataille de flux. Et cette bataille de flux crée un nouveau risque : croire que Bitcoin est devenu un actif comme les autres.

C’est faux. Bitcoin n’est pas devenu une action technologique. Il n’est pas devenu une obligation. Il n’est pas devenu un ETF. Il n’est pas devenu une ligne dans un portefeuille 60/40. Mais une partie du marché le traite ainsi. À court terme, cela suffit à influencer le prix. À long terme, cela ne change pas sa nature. La tension entre ces deux réalités est exactement ce qui rend Bitcoin si difficile à comprendre en 2026. À court terme, Bitcoin peut baisser parce que les ETF vendent. À long terme, Bitcoin reste rare parce que personne ne peut modifier les 21 millions. À court terme, Bitcoin peut réagir aux taux américains.

À long terme, Bitcoin existe précisément parce que les monnaies politiques dépendent de décisions humaines. À court terme, Bitcoin peut être traité comme un actif risqué. À long terme, Bitcoin reste une tentative de sortir d’un système fondé sur la dette, la dilution et la confiance forcée. Le cycle de quatre ans était confortable parce qu’il permettait d’éviter cette complexité. Il suffisait de regarder l’horloge. Maintenant, il faut regarder le monde. Et le monde est beaucoup moins propre qu’un graphique.

Il faut aussi comprendre que l’effet du halving diminue mécaniquement avec le temps. Les premiers halvings étaient gigantesques en proportion de l’offre nouvelle. Passer de 50 à 25 BTC par bloc, puis de 25 à 12,5, puis de 12,5 à 6,25, c’était réduire une émission encore importante. Aujourd’hui, passer de 6,25 à 3,125 BTC reste fondamental pour la rareté, mais l’impact absolu sur le marché est plus faible face aux volumes institutionnels. Plus Bitcoin grandit, plus il faut de capitaux pour déplacer le prix. La rareté reste décisive, mais elle ne suffit plus à expliquer chaque mouvement. Le halving devient moins un déclencheur magique qu’un rappel structurel. Et c’est peut-être mieux ainsi.

Car le vieux cycle avait aussi un côté infantilisant. Il poussait certains investisseurs à attendre un scénario écrit d’avance. Halving, hausse, sommet, sortie, rachat plus bas. Comme si Bitcoin était une machine à enrichir les patients selon un calendrier public. Mais un marché ne laisse pas éternellement une stratégie simple fonctionner sans la rendre plus difficile. Quand trop de gens regardent le même signal, le signal change de nature. Le cycle de quatre ans était peut-être réel. Puis il est devenu trop célèbre. Et ce qui devient trop célèbre finit souvent par être arbitraged, anticipé, déformé, cassé. Ce n’est pas une tragédie. C’est une maturation.

Bitcoin n’a pas besoin que le cycle de quatre ans survive pour rester important. Il n’a pas besoin d’un bull run parfaitement aligné sur le halving pour justifier son existence. Il n’a pas besoin de répéter 2013, 2017 ou 2021 comme un groupe fatigué rejouant son vieux tube en tournée. Bitcoin peut entrer dans une nouvelle phase, moins explosive peut-être, plus institutionnelle, plus heurtée, plus macro, plus politique, plus géopolitique, plus intégrée au système qu’il critique. Cela ne le rend pas moins radical. Cela rend seulement sa lecture plus exigeante. La vraie question n’est donc pas : le cycle est-il mort ?

La vraie question est : sommes-nous capables de comprendre Bitcoin sans nous accrocher à un calendrier magique ? Si la réponse est non, alors beaucoup seront perdus. Ils attendront une hausse mécanique qui ne vient pas au bon moment. Ils paniqueront si Bitcoin ne suit pas le scénario historique. Ils crieront à la fin du modèle. Ils vendront peut-être parce que la réalité ne respecte pas leur graphique préféré. Puis ils rachèteront plus haut quand un nouveau récit apparaîtra. La routine humaine, encore et toujours. Si la réponse est oui, alors Bitcoin devient plus intéressant.

Parce qu’on cesse de le voir comme une saisonnalité spéculative. On le voit comme un actif monétaire en cours de mondialisation, traversé par des forces contradictoires. Une rareté absolue dans un monde de dettes. Une propriété numérique directe dans un monde de plateformes. Une monnaie sans banque centrale dans un monde obsédé par les taux. Un protocole neutre dans un monde de sanctions. Une réserve potentielle dans un monde où les États impriment, empruntent et manipulent. Un actif libre que Wall Street essaie de rendre confortable. C’est plus profond qu’un cycle.

Et c’est là que 100Blocks doit garder la bonne ligne. Il ne faut pas devenir prisonnier des anciens récits, même quand ils nous arrangent. Le halving est important. Le cycle historique a existé. Les patterns ont une valeur pédagogique. Mais Bitcoin n’est pas une superstition graphique. Ce n’est pas parce qu’un événement s’est répété plusieurs fois qu’il devient une loi éternelle. Le protocole est mathématique. Le marché, lui, est humain. Et l’humain change quand les incitations changent.

Les ETF ont changé les incitations. Les banques changent les incitations. Les trésoreries d’entreprise changent les incitations. Les prêts adossés au BTC changent les incitations. Les États qui regardent Bitcoin changent les incitations. Les mineurs qui arbitrent entre Bitcoin et IA changent les incitations. La surveillance financière, les CBDC, la géopolitique, les stablecoins, la dette américaine, tout cela change le paysage dans lequel Bitcoin évolue. Il serait presque naïf de croire que le prix continuerait à suivre exactement le même théâtre.

Mais attention : dire que le cycle de quatre ans est mort ne signifie pas que Bitcoin ne connaîtra plus de hausses violentes ni de corrections brutales. Il en connaîtra encore. La volatilité ne disparaîtra pas parce que Wall Street est entrée. Les ETF ne rendent pas Bitcoin sage. Ils peuvent même amplifier certains mouvements. Quand les flux entrent, ils absorbent. Quand les flux sortent, ils frappent. La volatilité ne meurt pas. Elle change de canal. Ce n’est plus seulement le mineur qui vend. C’est le gestionnaire qui réalloue. Ce n’est plus seulement le retail qui panique. C’est le fonds qui réduit l’exposition. Ce n’est plus seulement l’exchange crypto qui impose le rythme. C’est le marché mondial de la liquidité.

Bitcoin devient plus grand, donc ses secousses deviennent plus connectées au reste du monde. Il faut donc abandonner deux illusions. La première : croire que l’ancien cycle garantit l’avenir. La seconde : croire que l’institutionnalisation rend Bitcoin stable. Les deux sont fausses. Le vieux cycle peut se casser. Le nouveau marché peut rester violent. La seule chose qui ne change pas, c’est la règle du protocole. Et c’est peut-être la meilleure nouvelle. Dans un monde où les récits changent, où les cycles se déforment, où les ETF modifient les flux, où la macro écrase les certitudes, où les analystes annoncent tous les six mois la mort ou la renaissance d’un modèle, Bitcoin continue d’imposer la même limite. Bloc après bloc. Halving après halving. 21 millions. Pas plus. Le cycle peut mourir. La rareté reste. C’est là qu’il faut placer la boussole.

Pas dans la croyance naïve qu’un schéma historique se répétera mécaniquement. Pas dans l’idée que Wall Street a tout remplacé. Pas dans la peur que l’ancien monde du Bitcoin soit terminé. Mais dans une compréhension plus mature : le halving reste une force profonde, tandis que les flux institutionnels sont devenus une force dominante à court terme. Les deux coexistent. L’un agit sur la structure. L’autre agit sur la surface. Le danger est de confondre la surface avec la vérité. Le prix dira beaucoup de choses. Il mentira souvent. Le protocole, lui, ne raconte rien. Il exécute.

C’est peut-être cela, la fin du cycle de quatre ans : non pas la fin de Bitcoin, ni la fin du halving, ni la fin des bull markets, mais la fin d’une lecture trop simple. Le marché Bitcoin devient adulte, ce qui signifie qu’il devient plus compliqué, plus politique, plus institutionnel, plus intégré, plus manipulé par les flux, plus sensible à la macro, mais aussi plus important. Un enfant peut croire aux saisons parfaites. Un adulte regarde la météo, les cartes, les vents, les nuages et la structure du terrain. Bitcoin entre dans cet âge-là.

Le cycle de quatre ans était une bonne histoire. Peut-être même une histoire vraie pendant un temps. Mais Bitcoin n’a jamais été seulement une histoire de cycles. C’est une histoire de rareté, de souveraineté, de vérification, de propriété, de résistance monétaire. Si le vieux cycle meurt, il ne faut pas paniquer. Il faut simplement arrêter de confondre la carte avec le territoire. Bitcoin n’a pas besoin que le passé se répète parfaitement. Il a seulement besoin que le futur continue d’avoir besoin d’une monnaie que personne ne peut imprimer.

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