BITCOIN NE PROMET RIEN. ET C’EST POUR ÇA QU’IL TIENT

BITCOIN NE PROMET RIEN. ET C’EST POUR ÇA QU’IL TIENT

Tout ce qui nous entoure promet quelque chose. Même quand il prétend ne rien promettre, il suggère, il rassure, il laisse entendre. Les systèmes politiques promettent la stabilité. Les systèmes économiques promettent la croissance. Les institutions promettent la protection. Les technologies promettent le progrès. Les plateformes promettent la neutralité. Les idéologies promettent un avenir meilleur, ou au moins moins mauvais que celui qui précède. Nous vivons dans un monde saturé de promesses, parce que la promesse est devenue la condition minimale de l’adhésion. Sans promesse, pas de confiance. Sans confiance, pas de participation. Sans participation, pas de système.

Ce mécanisme est si profondément ancré que nous ne le questionnons presque plus. Nous acceptons de déléguer notre pouvoir, notre temps, notre argent, notre attention, parce qu’en retour quelque chose nous est promis. Même lorsque nous savons, au fond, que cette promesse est fragile, incomplète ou mensongère, nous préférons la conserver plutôt que d’affronter le vide qu’impliquerait son absence. Une promesse déçue est douloureuse, mais l’absence totale de promesse est vertigineuse.

Bitcoin arrive précisément à cet endroit. Pas comme une promesse alternative. Pas comme un projet de société. Pas comme un futur désirable. Il arrive sans rien offrir d’autre que ce qu’il est. Un ensemble de règles. Un rythme. Une limite. Une mécanique répétitive qui ne s’excuse pas de fonctionner comme elle a été conçue. Bitcoin ne dit pas qu’il va te sauver. Il ne dit pas qu’il va réparer le monde. Il ne dit pas que tu seras plus libre, plus riche ou plus heureux. Il ne dit rien de tout cela. Et c’est pour cette raison qu’il tient.

Dans l’histoire récente, tout ce qui s’est effondré avait promis quelque chose. Les monnaies ont promis la stabilité, puis ont dilué leur propre valeur. Les banques ont promis la sécurité, puis ont socialisé leurs pertes. Les États ont promis la souveraineté, puis ont multiplié les dépendances. Les plateformes ont promis la neutralité, puis ont monétisé l’influence. Chaque promesse a créé une dette morale, et chaque dette morale a fini par être trahie. La chute n’est jamais immédiate. Elle est lente, progressive, souvent masquée par de nouveaux discours. Mais elle est inévitable, parce qu’une promesse est une contrainte temporelle. Elle engage l’avenir. Et l’avenir finit toujours par rappeler ce qui ne peut pas être tenu.

Bitcoin n’a contracté aucune dette morale. Il n’a rien promis à personne. Il n’a pas demandé de confiance, il a proposé une vérification. Il n’a pas demandé d’adhésion, il a offert une règle. Cette absence de promesse est profondément déstabilisante pour des esprits habitués à mesurer la valeur d’un système à ce qu’il promet. Bitcoin ne séduit pas. Il ne rassure pas. Il ne flatte pas. Il existe. Et il continue.

Cette continuité est souvent mal interprétée. Beaucoup y voient une rigidité idéologique, une forme de dogmatisme technologique. En réalité, c’est exactement l’inverse. Le dogme commence là où la promesse apparaît. Là où un système affirme qu’il doit atteindre un objectif moral, social ou politique, il se condamne à ajuster ses règles pour rester fidèle à cette promesse. Bitcoin ne s’ajuste pas, non par idéologie, mais parce qu’il n’a aucun objectif externe à atteindre. Il ne vise pas un état futur idéal. Il vise seulement sa propre cohérence interne.

C’est cette cohérence qui rend Bitcoin psychologiquement difficile à accepter. Nous avons été conditionnés à croire que les systèmes doivent nous accompagner, nous corriger, nous protéger de nos erreurs. Bitcoin ne fait rien de tout cela. Il ne protège pas l’imprudent. Il ne compense pas l’ignorant. Il ne corrige pas l’impatient. Il n’a pas été conçu pour être bienveillant. Il a été conçu pour être prévisible. Et la prévisibilité est une vertu radicalement sous-estimée dans un monde gouverné par l’arbitraire.

La promesse est un outil de pouvoir. Celui qui promet se place implicitement en position d’autorité. Il affirme qu’il aura les moyens, demain, de tenir ce qu’il annonce aujourd’hui. Il demande de la patience, de la loyauté, parfois du sacrifice. La promesse crée une relation asymétrique. Bitcoin refuse cette asymétrie. Il ne demande rien en échange de ce qu’il offre, parce qu’il n’offre rien d’autre que ses règles. Si tu les acceptes, tu participes. Si tu les refuses, il continue sans toi.

Ce refus de la promesse explique pourquoi tant de discours cherchent à en greffer une artificiellement sur Bitcoin. On veut y voir une arme contre l’injustice, un rempart contre la corruption, une solution aux dérives du capitalisme, un outil d’émancipation globale. Ces récits sont séduisants, parfois sincères, mais ils projettent sur Bitcoin des attentes qu’il ne pourra jamais satisfaire. Ils recréent une dette morale là où il n’y en avait pas. Ils transforment un protocole neutre en projet idéologique. Et inévitablement, ils conduisent à la déception.

Bitcoin n’est pas là pour être à la hauteur de nos espérances. Il est là pour être identique à lui-même. C’est une proposition beaucoup plus austère, beaucoup plus exigeante, mais aussi beaucoup plus durable. Un système qui ne promet rien ne peut pas trahir. Il peut seulement fonctionner ou cesser de fonctionner. Et tant qu’il fonctionne selon ses propres règles, il reste fidèle à ce qu’il est.

Cette absence de promesse change radicalement la relation que l’on entretient avec lui. Elle déplace la responsabilité. Il n’y a plus de figure à blâmer, plus d’institution à interpeller, plus de récit à invoquer pour expliquer un échec. Il y a des règles, et il y a des choix. Cette clarté est inconfortable, parce qu’elle supprime les zones grises où se réfugient habituellement les justifications. Elle impose une maturité que beaucoup de systèmes modernes cherchent précisément à éviter.

Le monde contemporain repose sur une infantilisation douce. On promet, on ajuste, on corrige, on compense. On explique que les règles peuvent évoluer, que les exceptions sont nécessaires, que la réalité est trop complexe pour être figée. Bitcoin adopte la position inverse. Il affirme que certaines règles doivent être simples, claires et immuables, non parce qu’elles sont parfaites, mais parce qu’elles sont compréhensibles. La simplicité n’est pas une faiblesse. C’est une condition de responsabilité.

C’est aussi pour cela que Bitcoin est souvent qualifié de froid, voire inhumain. Ce reproche est révélateur. Il suppose que les systèmes doivent être humains pour être acceptables. Mais l’histoire montre que ce sont précisément les systèmes trop humains qui finissent par abuser de leur pouvoir. L’arbitraire naît toujours d’une volonté de bien faire. Bitcoin n’a aucune volonté. Il n’a donc aucune tentation d’abuser.

Dire que Bitcoin tient parce qu’il ne promet rien, ce n’est pas dire qu’il est éternel ou infaillible. C’est dire qu’il n’est pas engagé dans une course contre ses propres paroles. Il ne doit pas se réinventer pour rester crédible. Il n’a pas besoin de nouvelles narrations pour masquer ses limites. Il n’a pas besoin de campagnes de communication pour restaurer la confiance. Il fonctionne, ou il ne fonctionne pas. Et tant qu’il fonctionne, il n’a rien à justifier.

Cette posture est extrêmement rare dans un monde obsédé par la perception. Les institutions dépensent des fortunes pour gérer leur image, contrôler leur récit, anticiper les crises de confiance. Bitcoin n’a pas d’image à gérer. Il n’a pas de porte-parole officiel. Il n’a pas de service de communication. Il n’a pas de stratégie narrative. Cette absence est souvent interprétée comme une faiblesse. En réalité, c’est une force structurelle. Un système qui n’a pas besoin d’être aimé n’a pas besoin de mentir pour survivre.

Il faut du temps pour accepter cela. Beaucoup passent par une phase de projection, puis de déception, avant de comprendre que Bitcoin ne les a jamais trompés. Il n’a simplement jamais promis ce qu’ils attendaient. Cette prise de conscience est parfois brutale. Elle marque une rupture avec une manière de penser héritée de systèmes fondés sur la foi, la confiance et la délégation. Elle oblige à assumer une relation plus adulte avec la réalité.

Bitcoin ne remplace pas les institutions. Il ne remplace pas la politique. Il ne remplace pas la morale. Il ne remplace même pas la monnaie au sens culturel du terme. Il introduit autre chose. Un espace où la règle prime sur le discours. Un espace où la constance vaut plus que l’intention. Un espace où l’absence de promesse est une condition de stabilité, et non un manque à combler.

Dans un monde où tout vacille parce que trop de choses ont été promises, cette proposition est radicale. Elle ne cherche pas à séduire. Elle ne cherche pas à convaincre. Elle se tient là, immobile, pendant que le reste s’agite. Et cette immobilité relative, cette capacité à rester identique à lui-même malgré les crises, les bulles, les scandales et les récupérations idéologiques, est peut-être ce qu’il y a de plus subversif.

Bitcoin tient parce qu’il n’a jamais cherché à tenir parole. Il n’a jamais pris la parole. Il n’a jamais engagé son avenir sur une promesse. Il a simplement posé des règles et laissé le temps faire son travail. Dans un monde obsédé par le futur, par l’innovation permanente et par la nécessité de se réinventer sans cesse, cette fidélité à soi-même est presque incompréhensible. Et pourtant, c’est peut-être la seule chose qui tient encore.

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