LA BANQUE CONTRE-ATTAQUE
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Il y a des annonces qui font s’illuminer la presse, vibrer les influenceurs et rassurer les investisseurs du dimanche, mais qui, pour ceux qui ont compris la véritable nature de Bitcoin, ont l’effet inverse d’un coup de projecteur. Lorsque BPCE, troisième groupe bancaire français, annonce officiellement qu’elle va permettre à des millions de clients d’acheter, de conserver et de vendre du Bitcoin directement depuis son application mobile, la première réaction du grand public est l’euphorie. Les néophytes y voient un signe de modernité. Les médias parlent de tournant historique. Les analystes célèbrent un progrès majeur pour la démocratisation des cryptomonnaies. Et pourtant, ceux qui comprennent Bitcoin depuis longtemps sentent immédiatement que quelque chose ne va pas. Ce sentiment n’a rien d’instinctif ou d’élitiste. C’est la conséquence logique de ce que Bitcoin est et de ce que les banques représentent.
BPCE prévoit d’intégrer Bitcoin, Ethereum et Solana dans les applications Banque Populaire et Caisse d’Épargne dès lundi. Le lancement concerne d’abord quatre régions, dont la Banque Populaire Île-de-France et la Caisse d’Épargne Provence-Alpes-Côte d’Azur, soit environ deux millions de clients concernés dès l’ouverture. Le plan est clair : déployer progressivement ce service à toutes les entités régionales, pour atteindre les douze millions de clients du groupe en 2026. Du point de vue d’un banquier, l’opération est brillante. Du point de vue d’un bitcoiner, c’est un signal d’alarme massif, presque criant, mais soigneusement emballé dans un discours de modernité et d’innovation maîtrisée.
Ce qui choque n’est pas tant la fonctionnalité en elle-même. Les gens achètent déjà du Bitcoin sur Revolut, Trade Republic, Bitstack ou Binance. Ce qui choque, c’est le symbole. Une grande banque française, pilier du système fiat, décide soudainement d’embrasser l’actif qu’elle a combattu, ignoré, méprisé, ridiculisé et diabolisé pendant plus d’une décennie. Même les banques européennes commencent à suivre : BBVA en Espagne permet d’acheter, vendre et conserver Bitcoin et Ethereum directement depuis ses applications, en assurant la garde en interne. Openbank, branche numérique de Santander, propose le trading et la conservation de cinq cryptomonnaies. La filiale viennoise de Raiffeisen Bank s’est alliée à Bitpanda pour offrir le même type de service. Toute l’Europe bancaire est en train de se synchroniser sur la même idée. Ce n’est pas une convergence. C’est une contre-attaque.
Il faut regarder les choses en face. Pendant quinze ans, les banques ont essayé de tenir Bitcoin à distance. Elles ont bloqué des virements, fermé des comptes, imposé des restrictions absurdes, participé à des campagnes de dénigrement. Elles ont tout fait pour empêcher leurs clients de toucher à Bitcoin, parce qu’elles le percevaient comme une menace directe. Si aujourd’hui elles changent de stratégie, ce n’est pas par amour de l’innovation. Ce n’est pas par conviction. C’est par nécessité. C’est parce que le marché s’est retourné contre elles. C’est parce que trop de gens commencent à comprendre que Bitcoin est une porte de sortie. C’est parce qu’elles sentent que leur rôle historique s’érode. Une banque n’adopte pas ce qui menace son modèle. Elle tente de l’intégrer pour le neutraliser.
BPCE le dit à demi-mot. L’achat et la vente de cryptomonnaies seront effectués via un compte dédié aux actifs numériques, géré par Hexard, la filiale crypto du groupe. Le mot important ici n’est pas crypto. C’est filiale. Le client ne possède rien. Il consulte, il clique, il a l’impression d’acheter. Ce n’est pas le Bitcoin de Satoshi. C’est le Bitcoin de la banque. Un Bitcoin empaqueté, encapsulé, contrôlé, accompagné de frais mensuels de 3,48 dollars et d’une commission de 1,5 % par transaction. Rien que cette ligne devrait suffire à faire comprendre l’intention réelle. Ce n’est pas une mission éducative. Ce n’est pas une ouverture philosophique. C’est un produit. Et un produit bancaire n’a jamais été pensé pour t’émanciper, seulement pour te capturer.
Plus inquiétant encore est l’absence totale d’autonomie. BPCE précise que les utilisateurs n’auront pas besoin d’une plateforme d’échange externe ni de portefeuille tiers. On pourrait croire que c’est une simplification pour les débutants. En réalité, c’est un verrou. Une façon de maintenir les clients dans l’enclos. Le message implicite est clair : ne sortez pas, ne détenez rien, ne gérez rien, nous nous occupons de tout. Et si un jour il faut bloquer, suspendre, réguler ou taxer, tout sera déjà prêt. Le client n’aura aucun recours. Aucun accès direct. Aucune liberté.
Les banques savent que la majorité des gens cherchent la facilité. Elles misent sur l’ignorance. Elles misent sur la peur de la responsabilité. Elles misent sur l’idée profondément ancrée que l’argent doit être géré par quelqu’un d’autre. Bitcoin est exactement l’inverse : c’est une technologie qui te force à devenir adulte. À devenir responsable. À devenir souverain. C’est précisément cette inversion des rôles qui fait paniquer les banques.
Le contexte politique français rend tout cela encore plus inquiétant. Le mois dernier, les députés ont approuvé un amendement à l’impôt sur la fortune visant à taxer les actifs improductifs, dont les cryptomonnaies, à hauteur de 1 % pour tout patrimoine dépassant 2,3 millions de dollars. Cet amendement n’est pas encore définitif, mais il dessine clairement l’intention : Bitcoin est une cible fiscale. Eric Larchevêque, cofondateur de Ledger, a tiré la sonnette d’alarme en expliquant que cette mesure pourrait forcer certains détenteurs à vendre leurs bitcoins pour payer leurs impôts s’ils n’ont pas suffisamment de liquidités. Dans un pays où la fiscalité est déjà étouffante, confier son Bitcoin à une banque n’est pas simplement une erreur technique. C’est un acte suicidaire. C’est renoncer à toute capacité de résistance.
Si une banque te vend du Bitcoin, elle peut également t’en empêcher. C’est la réalité crue de ce modèle de garde. Tu n’as aucun contrôle sur l’actif. Tu n’as aucun accès à tes clés. Tu n’as aucun pouvoir sur ton argent. Tu es un locataire, pas un propriétaire. Et comme dans tout contrat de location, le propriétaire peut changer les règles quand il le souhaite. Suspension des retraits. Limitations. Gel. Restrictions géographiques. Déclarations fiscales automatiques. Fermeture temporaire des transactions en cas de volatilité jugée excessive. Et dans le pire des cas, confiscation ou saisie administrative.
Bitcoin n’a pas été créé pour être détenu de cette manière. Bitcoin n’a pas été créé pour vivre dans une cage numérique gérée par une institution qui se réserve le droit d’appuyer sur un bouton. Bitcoin est une réponse radicale à ce système. Un refus. Une sortie. Un pont hors du monde bancaire, pas une extension de celui-ci. Voir les banques prétendre offrir Bitcoin comme un service, c’est voir un pompier pyromane expliquer comment prévenir les incendies. Tout sonne faux. Tout est inversé.
Le grand public ne verra que le vernis rassurant. Une application qu’ils connaissent déjà. Un écran familier. Un bouton “acheter” qui ressemble à une décision raisonnable, presque anodine. La banque sait que la majorité des gens ne veulent pas apprendre. Ils veulent déléguer. Ils veulent être pris en main. Ils veulent une crypto aseptisée. Ils veulent la promesse sans la responsabilité. C’est exactement ce que BPCE leur offre. Ce n’est pas de l’adoption. C’est un piège.
La concurrence avec les fintechs comme Revolut, Trade Republic ou Bitstack explique aussi cette précipitation. Les banques ne supportent pas de perdre un segment de marché. Elles ne supportent pas de voir les jeunes générations préférer d’autres acteurs. Elles ne supportent pas de ne plus être les gardiens exclusifs de l’épargne et des flux. Si elles se mettent au Bitcoin, ce n’est pas par conviction, mais par peur de perdre le contrôle. Elles sentent qu’un changement de paradigme arrive et elles tentent de reprendre la main avant qu’il ne soit trop tard.
Le message est clair : elles veulent que tu restes dans leur système, même lorsque tu crois en sortir. Voici la vérité que personne n’ose énoncer publiquement : un Bitcoin acheté à la Banque Populaire n’est pas un Bitcoin. C’est une promesse bancaire adossée à Bitcoin. Un produit dérivé. Une illusion parfaitement calibrée pour donner le sentiment de participer à une révolution tout en restant enfermé dans les murs du système ancien. C’est un peu comme acheter un vélo d’appartement en pensant voyager. Tu bouges les jambes, mais tu ne vas nulle part.
Tout ce qui fait la valeur de Bitcoin disparaît au moment où il est vendu par une banque. La résistance à la censure disparaît. La souveraineté disparaît. L’indépendance disparaît. La détention réelle disparaît. Il ne reste que le prix, une petite courbe verte ou rouge qui monte ou descend. C’est précisément ce que Bitcoin n’est pas. Bitcoin n’a jamais été un actif spéculatif. C’est un protocole d’indépendance. Un outil de rupture. Une assurance contre la folie monétaire. Une sortie du système. Pas un produit de ce système.
Les bitcoiners de longue date savent cela. Ils n’ont pas attendu qu’une banque valide Bitcoin pour y croire. Ils n’ont pas eu besoin de cette onction institutionnelle. Ils savent que la force du réseau repose sur son caractère permissionless. Ils savent que la clé privée est la frontière entre liberté et dépendance. Ils savent que la seed phrase est un acte politique. Ils savent que miner chez soi, même à petite échelle, est plus révolutionnaire qu’acheter 500 euros de BTC via une app bancaire. Ils savent que la facilité est souvent le masque du contrôle.
Le rôle de 100Blocks est d’expliquer cela à ceux qui arrivent, à ceux qui hésitent, à ceux qui ignorent encore la mécanique profonde. Le rôle de 100Blocks est de rappeler que Bitcoin n’est pas un placement mais une transformation personnelle. Quand une banque te propose du Bitcoin, elle te propose une version préconçue, domestiquée et surtout surveillée. Elle ne veut pas t’émanciper. Elle veut te conserver comme client. Elle veut récupérer ce qu’elle est en train de perdre.
Lundi, des millions de Français ouvriront leur application bancaire et verront pour la première fois apparaître un onglet “Bitcoin”. Ils seront nombreux à cliquer, certains par curiosité, d’autres par opportunisme, beaucoup par ignorance. Ils auront l’impression d’entrer dans l’avenir. Ils entreront en réalité dans la plus vieille stratégie du système financier : absorber ce qu’ils ne peuvent pas détruire. Ce n’est pas une victoire pour Bitcoin. C’est une tentative de reprise du contrôle.
Une banque qui vend du Bitcoin n’est pas un signe de maturité du marché. C’est un signe de faiblesse du système bancaire. C’est une institution qui reconnaît qu’elle n’a plus l’influence culturelle qu’elle avait autrefois. C’est une institution qui sent que le récit se fissure. C’est un système qui comprend, trop tard, que la prochaine génération ne lui appartient plus.
Bitcoin n’a jamais eu besoin des banques. Les banques commencent à avoir besoin de Bitcoin. Et c’est exactement pour cette raison qu’il faut redoubler d’éducation, de pédagogie, de souveraineté. Ce n’est pas le moment de se réjouir. C’est le moment d’être lucide.
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