LA TENTATION DU RETOUR AU FIAT

LA TENTATION DU RETOUR AU FIAT

Il y a des jours où même le plus convaincu des bitcoiners se surprend à regarder son compte bancaire comme on regarde une ex qu’on prétend avoir oubliée. Juste pour voir. Pour vérifier que le monde d’avant existe encore, que la carte bleue fonctionne, que l’argent magique n’a pas disparu dans le grand trou noir de la souveraineté. Ce n’est pas une rechute, pas encore. C’est un geste réflexe, une trace de l’ancien monde. Une mémoire musculaire du confort.

Le fiat a cette douceur trompeuse du berceau. Il ne te juge pas, il t’endort. Il t’invite à rester couché. À ne plus réfléchir. À consommer sans comprendre. Et quand tu te lèves un matin fatigué de tes idéaux, quand le marché est plat, quand le bruit s’estompe, le fiat te fait signe. “Reviens, ici tout est simple, ici tu n’as pas besoin de courage.”

La tentation du retour ne commence jamais par un choix rationnel. Elle naît du doute. De la fatigue. De la lassitude d’être en guerre contre le mensonge. Car tenir dans Bitcoin, c’est lutter contre le monde entier. Contre les banques, contre les médias, contre les chiffres rouges, contre la peur. Il faut une endurance mentale que peu de gens peuvent comprendre. Même les plus aguerris flanchent parfois.

Le hodler traverse des déserts silencieux. Des mois sans excitation, sans montée d’adrénaline, sans nouveaux all-time high pour lui rappeler pourquoi il a choisi cette voie. Alors il commence à douter. Pas de Bitcoin. De lui-même. “Et si j’étais juste en train de passer à côté de ma vie ?” pense-t-il en scrollant les réseaux où d’autres s’enrichissent sur des mèmes ou des jetons colorés. “Et si cette ascèse n’était qu’une illusion d’importance ?”

C’est là que le fiat s’infiltre. Par la comparaison, par le manque, par l’envie. Ce n’est pas la logique qui nous ramène au système, c’est le besoin de se sentir à nouveau compris, intégré, “normal”. Car Bitcoin t’isole. C’est un choix de marginal. Tu parles une langue que personne autour de toi ne comprend. Tu n’attends rien de l’État, tu ne fais confiance à aucune banque, tu vis dans un temps long que personne n’habite. Tu n’as pas de repères collectifs, pas de calendrier économique, pas de feuille de route. Tu vis dans le vide du réel.

Le fiat, lui, t’offre la narration. “Salaire. Factures. Vacances. Crédits. Retraite.” Un scénario tout tracé. C’est rassurant, même si c’est faux. Il y a quelque chose de confortable à suivre le mensonge collectif. Ce mensonge a des horaires fixes, des notifications, des justificatifs. Il te permet d’exister socialement sans avoir à penser. C’est tentant, après des années de résistance, de redevenir “quelqu’un de normal”.

Mais chaque fois que tu cèdes à cette tentation, tu ressens cette petite brûlure intérieure. Celle du renoncement. Parce qu’une fois que tu as compris la mécanique du fiat, tu ne peux plus faire semblant de ne pas savoir. Tu sais que ton argent ne t’appartient pas. Tu sais que ton compte peut être gelé, que ton pouvoir d’achat fond lentement sous l’inflation, que chaque chiffre affiché sur ton application bancaire n’est qu’une dette déguisée. Tu peux ignorer la vérité, mais elle reste là, tapie sous la surface, prête à te rappeler que ta sécurité n’était qu’une illusion.

Bitcoin n’a rien d’apaisant. Il ne promet rien. Il ne rassure pas. Il te confronte. Il te laisse seul face à ton ignorance, à ton impatience, à ton manque de discipline. Il te force à comprendre le temps, l’énergie, la rareté, la confiance. C’est une épreuve philosophique autant qu’économique. Ceux qui tiennent longtemps dans ce système ne sont pas des investisseurs. Ce sont des ascètes numériques. Des moines du code.

Mais même les moines doutent. Certains jours, tu ouvres ton wallet, tu regardes ton solde et tu te demandes si tout cela a un sens. Si cette obsession de la clé privée, cette paranoïa de la sécurité, cette guerre contre la facilité ne t’a pas volé un peu de ton humanité. Tu regardes les autres vivre dans la fluidité du monde fiat, tapant leur code à quatre chiffres pour un café, et tu envies leur inconscience. Parce qu’ils ne savent pas qu’ils sont esclaves, et il y a une forme de bonheur dans l’ignorance.

Le retour au fiat n’est donc pas une défaite logique. C’est une rechute émotionnelle. Un besoin de chaleur dans un monde devenu trop froid. Bitcoin, c’est la vérité nue, sans coussin. Le fiat, c’est le mensonge en velours. Quand la réalité du marché devient trop brute, quand l’incertitude te ronge, tu rêves du velours.

Mais cette douceur a un prix. Elle t’endort jusqu’à l’oubli. Elle te rend docile, dépendant, soumis à la bureaucratie et à la dette. Le fiat t’achète avec ton propre argent. Il t’offre la tranquillité en échange de ta liberté. Tu signes les conditions d’utilisation sans les lire, tu laisses les institutions décider de ce qui est “normal”. Tu redeviens un client.

Le hodler, lui, apprend la solitude. Il apprend à vivre avec le bruit intérieur. Il apprend à attendre sans espoir, à croire sans preuve, à détenir sans vendre. Il ne cherche plus à gagner, il cherche à comprendre. Il comprend que la souveraineté n’est pas un état, c’est une tension permanente. Qu’il n’y a pas de victoire finale, seulement des résistances successives.

La tentation du retour au fiat fait partie du chemin. Elle est nécessaire. Elle te teste. Elle t’humilie parfois, mais elle te renforce. Parce que chaque fois que tu résistes, tu gagnes une couche de conscience supplémentaire. Tu te rapproches un peu plus de cette paix intérieure que seuls les souverains connaissent.

Ceux qui reviennent définitivement au fiat n’ont pas échoué. Ils ont juste renoncé à l’effort. Ils veulent que la vie redevienne simple. Mais le monde n’est plus simple. Il ne l’a jamais été. C’est juste que le fiat le maquille mieux. Il repeint les fissures, distribue les illusions, efface les responsabilités. Tant que tu n’as pas vu l’envers du décor, tu peux encore croire au conte. Mais une fois que tu as lu le code, que tu as compris le mécanisme, que tu as signé ta première transaction on-chain, il est trop tard. Tu as vu la matrice. Et même si tu retournes à la vie d’avant, elle n’aura plus jamais le même goût.

Le fiat nourrit le rêve de la stabilité, mais cette stabilité est une fiction. C’est un système construit sur la peur du changement. Il t’enferme dans le présent perpétuel de la consommation. Bitcoin, lui, te rend au futur. Il te force à penser en décennies, pas en trimestres. C’est une temporalité que le monde moderne a oubliée. Alors quand tu doutes, quand tu es tenté de “revendre un peu pour respirer”, rappelle-toi : ce n’est pas Bitcoin qui est instable, c’est ton esprit qui l’est. Bitcoin est constant. Il produit un bloc toutes les dix minutes, qu’il pleuve, qu’il y ait la guerre ou une panne de réseau. Il ne t’a jamais promis la richesse. Il t’a offert la vérité. À toi de savoir si tu la mérites.

Le retour au fiat est souvent précédé d’un discours rationnel. “Je dois être pragmatique.” “Je diversifie.” “Je garde un peu de liquidité.” En réalité, ces phrases masquent un seul sentiment : la peur. La peur de manquer, la peur de perdre, la peur d’être seul dans le vrai. Le fiat joue sur cette peur mieux que n’importe quelle propagande. Il sait que l’humain ne cherche pas la liberté, il cherche le confort.

La vraie liberté fait mal. Elle demande du silence, du contrôle, de la discipline. Elle exige que tu saches ce que tu fais de ton énergie, de ton argent, de ton temps. Elle te prive d’excuses. C’est pourquoi si peu de gens la supportent. Bitcoin est une école de souveraineté. Une forge mentale. Il t’apprend à ne plus déléguer ta confiance, à ne plus chercher d’autorité, à ne plus espérer de sauveur. Et c’est précisément ce qui le rend insupportable pour ceux qui ont grandi dans la dépendance.

Le fiat t’enferme dans la dette. Bitcoin t’enferme dans toi-même. Le premier t’achète, le second t’éveille. Mais entre les deux, il y a ce long tunnel de doute, de solitude, de tentation. Ce tunnel, tout bitcoiner sincère le traverse. Il n’y a pas d’échappatoire. Même les plus forts ont des jours de faiblesse. Certains finissent par rationaliser leur retour. Ils disent qu’ils ont “pris leurs profits”. Qu’ils “ont gagné”. Qu’ils “ont fait un bon coup”. Mais ce qu’ils ont perdu est plus profond que ce qu’ils ont gagné. Ils ont perdu la continuité du chemin. La cohérence entre ce qu’ils disaient et ce qu’ils faisaient. Ils sont redevenus spectateurs de leur propre peur.

La vraie victoire du hodler n’est pas financière. Elle est intérieure. C’est celle de se lever chaque matin et de ne plus avoir besoin de validation externe. De savoir que ton argent ne dépend de personne. Que tu pourrais tout perdre demain, sauf ton autonomie. C’est cette paix-là qui effraie le monde fiat, parce qu’elle n’est pas achetable. Alors oui, la tentation reviendra toujours. Elle frappera quand tu seras fatigué, quand le marché sera morne, quand la vie te semblera injuste. Mais elle fait partie du protocole. Bitcoin n’a pas besoin de te retenir. Il ne te promet rien. Il te laisse libre. Libre de partir. Libre de revenir. Libre de comprendre.

Et c’est peut-être ça, le plus grand paradoxe : dans un monde où tout t’attache, Bitcoin est la seule chose qui t’offre la liberté de le quitter. Et ceux qui partent finissent toujours par revenir. Parce qu’au fond, ils savent que rien d’autre n’a de sens. Le retour au fiat n’est pas une faute. C’est un rappel. Il te montre que la liberté n’est pas un état stable, mais un muscle. Si tu ne l’exerces pas, il s’atrophie. Et à chaque fois que tu choisis le confort plutôt que la vérité, tu l’affaiblis un peu plus.

Mais à chaque fois que tu résistes, que tu refuses la facilité, que tu gardes ta clé hors ligne, que tu continues à stacker malgré tout, tu te renforces. Tu n’as pas besoin de prêcher. Tu n’as pas besoin de convaincre. Tu incarnes déjà la preuve vivante qu’un autre modèle est possible. Un jour, quand le système fiat se fissurera pour de bon, quand les écrans afficheront des erreurs de solde, quand la confiance collective s’évaporera, on te demandera comment tu as fait pour tenir. Tu répondras simplement : j’ai arrêté d’avoir peur.

La tentation du retour au fiat est une illusion. Il n’y a rien à retrouver là-bas. Seulement un souvenir, un mirage de sécurité, un cocon vide. Bitcoin est rude, mais il est vrai. Et c’est dans cette rudesse que naît la paix. Celui qui reste, malgré le doute, malgré la lassitude, malgré les chutes, n’est pas un investisseur. C’est un gardien. Et son silence vaut plus que tous les discours. Parce qu’au fond, la seule réponse à la tentation du fiat, c’est la certitude tranquille que le protocole continue. Qu’un bloc se forge pendant que tu doutes. Que la vérité avance sans toi. Et que si tu veux la retrouver, il te suffira de te reconnecter.

Le fiat parle, promet, rassure. Bitcoin se tait. Et dans ce silence, il y a tout.

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