LE BITCOIN DE L’IA N’EXISTE PAS
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Il y a des modes qui reviennent comme des marées bruyantes. Des vagues de récits tellement bien emballés qu’on pourrait presque y croire. L’être humain adore les raccourcis intellectuels, surtout lorsqu’ils promettent un bénéfice immédiat sans effort mental. C’est exactement ce que font les narratifs IA : ils recyclent un vieux besoin de magie pour l’habiller de technologie. Et parce que Bitcoin fait peur, parce que Bitcoin met le monde face à ses contradictions, les vendeurs de tokens ont inventé un concept aussi confortable que mensonger : “le Bitcoin de l’IA”. Comme si un protocole neutre, implacable et souverain pouvait être copié par un marketing inspiré de jeux mobiles.
Analyser ce phénomène n’a rien de difficile. Il suffit de comprendre ce qu’est réellement Bitcoin. Bitcoin n’est pas un secteur. Bitcoin n’est pas une technologie parmi d’autres. Bitcoin n’est pas un actif spéculatif dans une base commune d’innovation. Bitcoin n’a rien à voir avec l’IA, la robotique, la supply chain, les réseaux sociaux ou les systèmes distribués. Bitcoin n’est comparable à rien parce que Bitcoin n’est pas né pour résoudre un problème économique ponctuel. Il est né pour résoudre un problème civilisationnel : celui de la confiance.
La plupart des projets IA tokenisés surgissent avec la même structure narrative. Un site, un jargon technique, une promesse de révolution, une équipe inconnue mais “expérimentée”, des graphiques futuristes, une story sur la décentralisation de l’intelligence. Et puis, au centre, un token issu de nulle part censé capturer la valeur d’une industrie entière. La mécanique est simple : associer l’imaginaire collectif lié à l’IA – puissance, futurisme, croissance illimitée – à un jeton parfaitement inutile mais suffisamment rare pour que le public imagine qu’il va “faire x100 comme Bitcoin”.
Le mensonge commence ici : Bitcoin n’a jamais fait x100 pour “récompenser” quelqu’un. Bitcoin n’a jamais servi de véhicule spéculatif pour flatter l’ego de joueurs impatients. Bitcoin a grandi parce qu’il représente la seule vérité monétaire non falsifiable de l’ère numérique. Il ne promet rien. Il ne vend rien. Il n’a pas de CEO. Il n’a pas de roadmap. Il n’a pas de mise à jour programmée. Il n’a pas de pitch deck. Il ne supplie personne de le rejoindre. Bitcoin est un protocole froid, sans affect, sans marketing, sans visage. Les tokens IA, eux, sont des entreprises déguisées en idéologie.
Et c’est précisément pour cela qu’ils ne peuvent pas être “le Bitcoin de l’IA”. Parce que Bitcoin n’est pas le Bitcoin de la finance. Bitcoin n’est pas le Bitcoin de l’énergie. Bitcoin n’est pas le Bitcoin d’Internet. Bitcoin est Bitcoin. Il ne représente aucune catégorie : il est la catégorie.
L’IA réelle, celle qui existe dans les laboratoires, dans les modèles, dans les frameworks, n’a absolument pas besoin d’un token pour fonctionner. Elle tourne sur des clusters NVIDIA, des centres de données, des instances cloud. L’IA n’est pas limitée par la monnaie. Elle n’est pas freinée par l’absence d’un jeton. L’IA a déjà ce dont elle a besoin : de la puissance de calcul et des données. Les tokens IA n’apportent ni l’une ni l’autre. Ils ne servent pas à former un modèle. Ils ne servent pas à acheter du compute. Ils ne servent pas à améliorer l’architecture. Ils ne servent à rien.
Les vendeurs de tokens le savent. Alors ils réinventent un concept : “l’IA décentralisée”. Comme si une intelligence distribuée pouvait fonctionner sans centre, sans modèle, sans coordination, sans vérification. L’intelligence n’est pas une collection d’agents autonomes qui discutent dans le vide. L’intelligence est un processus hiérarchique, structuré, nourri par l’accès massif et ordonné aux données. Rien de cela ne peut être remplacé par un token.
Puis arrive l’argument favori : “Les tokens IA sont comme Bitcoin en 2011. Ils sont jeunes. Ils vont exploser.” C’est le mensonge le plus grossier et le plus répété de 2025. Bitcoin en 2011 n’était pas un produit. C’était une anomalie. Une rébellion. Une création cryptographique qui venait de réussir l’impossible : créer une monnaie numérique non falsifiable sans tiers de confiance. Les tokens IA n’essayent pas de résoudre un problème impossible. Ils essayent de créer un marché pour un jeton inutile.
Et pourtant, les foules accourent. Elles veulent croire. Elles veulent attraper “le prochain Bitcoin”. Elles cherchent une porte de sortie rapide, un coup de chance algorithmique. Alors les projets IA leur tendent une fiction bien emballée. Ils leur disent que la révolution de l’intelligence va passer par un token. Qu’ils peuvent être parmi les premiers. Qu’ils peuvent acheter un ticket pour un futur doré. Et parce qu’une part de l’humanité est terrifiée par le rythme du changement, elle se raccroche à la narration.
Mais le temps ne ment pas. Bitcoin n’a pas besoin de convaincre. Les tokens IA en ont besoin. Chaque jour. Chaque semaine. Chaque cycle. Ils meurent sans marketing. Bitcoin fonctionne même dans le silence. Bitcoin continue de produire un bloc toutes les dix minutes, qu’on y croie ou non. Un token IA doit passer son temps à convaincre qu’il n’est pas inutile. Bitcoin, lui, ne demande rien.
Le plus ironique, c’est que les projets IA prétendent souvent être “plus décentralisés” que Bitcoin. Ils confondent décentralisation et dispersion. Ils confondent distribution du compute et distribution du pouvoir. Ils confondent architecture technique et architecture politique. Bitcoin n’est pas seulement décentralisé dans sa structure : il est décentralisé dans sa finalité. Aucune entité ne décide de son destin. Aucune équipe n’a un droit moral dessus. Aucune feuille de route ne peut le redéfinir. Les tokens IA, eux, sont tous contrôlés par une équipe. Tous dépendants d’une fondation. Tous ajustables. Tous modifiables. Tous vulnérables.
Et pour couronner le tout, les tokens IA se prétendent parfois “plus efficients”. Comme si le rôle d’une monnaie était d’être agréable pour les machines. Comme si un système monétaire devait être évalué selon un benchmark de latence ou de throughput. La mission d’une monnaie n’est pas de flatter les ingénieurs. La mission d’une monnaie est de survivre à la corruption, au mensonge, à la capture, à la manipulation. Les tokens IA ne survivront pas au monde réel. Ils sont nés pour être consommés. Bitcoin est né pour résister.
La vérité brutale est là : il n’existe pas de “Bitcoin de l’IA” parce qu’il n’existe pas de secteur équivalent à remplacer. Bitcoin n’a pas remplacé une entreprise. Bitcoin n’a pas remplacé une industrie. Bitcoin a remplacé un besoin humain fondamental, celui de déléguer la confiance. Les tokens IA tentent de remplacer des modèles économiques défaillants par un artefact spéculatif. Le fossé entre les deux est infranchissable.
En 2025, l’industrie du crypto-marketing continue d’essayer. Elle crée des cycles. Elle crée des récits. Elle crée des illusions. Elle invente des métaphores. Elle mélange “compute”, “GPU”, “modèles”, “agents” avec “décentralisé”, “économie du futur”, “nouvelle ère”. Mais tout cela s’effondrera. Parce qu’aucune monnaie n’a jamais survécu lorsque sa proposition de valeur était un storytelling. La monnaie survit lorsqu’elle est un invariant. Pas lorsqu’elle est un concept.
Bitcoin ne dépend pas du progrès. Bitcoin n’a pas besoin de l’IA. Bitcoin n’a pas besoin de nouveaux récits. Bitcoin n’a besoin que d’un seul événement : produire le prochain bloc. Le reste est secondaire. Le reste est bruit. Le reste est distraction.
Ce que les gens appellent “le Bitcoin de l’IA” n’existe pas. Ce qui existe, ce sont des tokens essayant désespérément de maquiller leur vacuité en se collant à un mythe. L’IA n’a pas de monnaie. L’IA n’a pas besoin de monnaie. L’IA n’a pas de souveraineté. L’IA n’a pas d’économie interne. L’IA n’a pas de système de valeur. Le seul protocole qui a réussi à créer un système de vérité autonome s’appelle Bitcoin. Le reste se dissoudra dans l’histoire.
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