LE MONDE POST-TRAVAIL ARRIVE. BITCOIN EST DÉJÀ PRÊT
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Le monde du travail ne s’effondre pas dans le bruit. Il se dissout dans le silence. Il ne disparaît pas sous les coups d’une révolution sociale, mais sous la pression constante d’une logique devenue implacable. Une logique froide, mathématique, sans morale, sans colère, sans intention politique. L’intelligence artificielle n’a pas déclaré la guerre au travail humain. Elle l’a simplement rendu optionnel. Pendant des siècles, le travail a été la colonne vertébrale du contrat social. Tu travailles, donc tu existes. Tu produis, donc tu mérites. Tu contribues, donc tu as droit. Ce récit a structuré les sociétés modernes bien plus profondément que les constitutions ou les lois. Il donnait un sens à l’effort, à la hiérarchie, à la récompense. Il offrait une illusion de justice dans un monde profondément inégal. Cette illusion est en train de se fissurer.
L’automatisation n’est pas nouvelle. Les machines ont toujours remplacé des gestes. Mais ce qui arrive aujourd’hui est d’une autre nature. Ce ne sont plus seulement les bras qui deviennent inutiles, ce sont les cerveaux intermédiaires. Les fonctions de coordination, d’analyse, de rédaction, de synthèse, de décision assistée. Tout ce qui constituait l’ossature invisible des classes moyennes tertiaires. Tout ce qui remplissait les bureaux, les open spaces, les tableaux Excel, les réunions sans fin. Les bullshit jobs n’étaient pas une anomalie. Ils étaient un mécanisme de stabilisation. Une manière de distribuer des revenus sans remettre en cause le récit central : celui de la valeur travail. Peu importait l’utilité réelle. Ce qui comptait, c’était l’occupation. Le badge. Le statut. Le sentiment d’être encore nécessaire.
L’IA ne respecte pas ce compromis tacite. Elle ne fait pas semblant. Elle n’a pas besoin de réunions pour justifier son existence. Elle exécute. Plus vite. Moins cher. Sans fatigue. Sans revendication. Sans identité. Et surtout, sans salaire. Le monde post-travail n’est pas une dystopie future. Il est déjà là, fragmenté, inégal, progressif. Il commence par ceux dont le travail était le plus abstrait, le plus reproductible, le plus standardisable. Puis il s’étend. Lentement. Inexorablement. Sans annonce officielle. Le problème n’est pas que les humains ne travailleront plus. Le problème est que le travail ne pourra plus remplir sa fonction morale. Il ne pourra plus être le filtre principal d’accès à la dignité économique. Quand la production est décorrélée de l’effort humain, le lien entre contribution et revenu se rompt. C’est là que tout devient instable.
Les réponses traditionnelles arrivent toujours avec un temps de retard. Revenu universel. Redistribution. Formation continue. Reconversion. Ce sont des rustines politiques sur une transformation structurelle. Elles tentent de maintenir un récit qui n’est déjà plus crédible. Former les gens à quoi, exactement, quand les machines apprennent plus vite que les humains ? Les reconvertir vers quels métiers, quand l’optimisation vise précisément à réduire le nombre d’intermédiaires ? Le monde post-travail pose une question que personne n’ose formuler clairement : sur quoi repose la valeur, quand le travail n’est plus central ? Les systèmes monétaires actuels n’ont pas été conçus pour répondre à cette question. Ils reposent sur une économie de la croissance, de l’emploi, de la consommation soutenue par la dette. Ils supposent une population majoritairement active, productive, solvable. Quand ce socle vacille, tout le reste devient politique. Qui reçoit quoi. Pourquoi. Selon quels critères. Avec quelles conditions.
C’est là que la monnaie cesse d’être un outil neutre. Elle devient un instrument de contrôle social. Bitcoin, lui, ne présuppose rien de tout ça. Il ne suppose pas que tu travailles. Il ne suppose pas que tu produises. Il ne suppose pas que tu sois utile au sens économique classique. Il ne te demande pas de prouver ta contribution. Il ne t’interroge pas sur ta place dans la société. Il se contente d’appliquer une règle simple, indifférente aux récits humains : ce qui est à toi est à toi, tant que tu respectes le protocole. Dans un monde post-travail, cette neutralité devient cruciale. Quand le travail cesse d’être le critère central, les sociétés cherchent autre chose pour organiser la distribution. Identité. Conformité. Utilité sociale définie politiquement. Score. Comportement. Alignement idéologique. Tout ce qui peut être mesuré, évalué, conditionné. La tentation est immense. Elle l’est déjà.
Bitcoin n’empêche pas ces dérives. Il offre un espace en dehors. Un socle qui ne dépend pas de ta valeur perçue par un système. Un actif qui ne te demande pas d’être “méritant”. Seulement d’être responsable. C’est une distinction fondamentale. Dans un monde où l’IA produit l’abondance, la rareté devient artificielle. Les biens numériques sont copiables à l’infini. Les services sont automatisables. L’information est surabondante. Ce qui reste rare, ce sont les ressources non reproductibles. Le temps. L’attention. L’énergie. Et une chose en particulier : la crédibilité d’un système monétaire qui ne peut pas être manipulé.
Bitcoin est déjà post-travail dans sa conception. Il ne récompense pas l’effort socialement reconnu. Il récompense le respect des règles. Il ne te demande pas ce que tu fais. Il te demande si tu comprends ce que tu utilises. L’IA accélère tout. Elle compresse les cycles. Elle rend visibles des contradictions qui auraient mis des décennies à émerger. Elle révèle que le travail était autant un outil de contrôle qu’un moyen de production. Qu’il structurait les journées, les identités, les hiérarchies. Qu’il donnait une raison d’obéir, d’attendre, de se conformer. Quand ce pilier tombe, le vertige est immense. Certains imaginent un monde de loisirs. D’autres un monde de misère. La réalité sera probablement hybride, chaotique, profondément inégale. Mais dans tous les cas, la question monétaire devient centrale. Qui émet la valeur. Qui la distribue. Qui décide des règles.
Bitcoin ne répond pas à toutes ces questions. Il en supprime une partie. Il retire à l’équation la possibilité de créer de la valeur ex nihilo pour acheter du temps social. Il empêche la manipulation discrète. Il rend visible ce qui était caché. Dans un monde post-travail, cette transparence est une arme à double tranchant. Elle ne protège pas du chaos. Elle empêche simplement qu’il soit maquillé. Le système actuel a besoin que les gens croient encore que l’effort sera récompensé. Que la loyauté paiera. Que la patience sera reconnue. L’IA érode cette croyance chaque jour. Pas par malveillance. Par efficacité.
Bitcoin, lui, ne promet rien de tout ça. Il ne promet pas un rôle. Il ne promet pas un revenu. Il ne promet pas une place. Il offre une infrastructure minimale pour stocker de la valeur dans un monde où la notion même de valeur est en train de muter. Ce n’est pas un hasard si Bitcoin résonne particulièrement chez ceux qui sentent que leur travail n’est plus central. Chez ceux qui voient que leur expertise peut être copiée, automatisée, synthétisée. Chez ceux qui comprennent que le problème n’est pas l’IA, mais le cadre dans lequel elle s’insère. Le monde post-travail ne sera pas post-conflit. Il sera post-illusion. Et dans ce monde, les systèmes monétaires fondés sur la promesse et la gestion politique de la rareté seront mis à rude épreuve. Bitcoin n’est pas une solution miracle. Il est un point fixe. Un repère froid dans un paysage mouvant.
Quand tout devient fluide, programmable, conditionnel, l’existence d’un protocole rigide devient paradoxalement rassurante. Non pas parce qu’il protège, mais parce qu’il ne ment pas. Bitcoin ne te dira jamais que tout ira bien. Il te dira simplement que les règles ne changeront pas pour te sauver. Dans un monde post-travail, cette honnêteté radicale est peut-être la seule base saine sur laquelle reconstruire quelque chose. Le travail a longtemps été le langage par lequel les sociétés donnaient du sens à la vie économique. Ce langage est en train de perdre sa grammaire. L’IA écrit déjà dans une autre syntaxe. Bitcoin aussi.
Ils ne racontent pas la même histoire. L’IA optimise. Bitcoin limite. L’une dissout, l’autre cadre. L’une accélère, l’autre ancre. C’est dans cette tension que se jouera l’équilibre à venir. Le monde post-travail arrive, qu’on le veuille ou non. Bitcoin n’y mène pas. Il n’en est pas la cause. Il est simplement déjà là, immobile, attendant que le reste du monde réalise que le récit ancien ne tient plus. Bloc après bloc. Indifférent. Prêt.