LE MYTHE DU “BITCOIN POLLUE” REMIS À ZÉRO
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Il y a des phrases qui ont la vie dure. Des phrases prononcées un jour par quelqu’un qui n’a jamais approché un mineur, jamais compris une équation de difficulté, jamais étudié le fonctionnement du réseau, mais qui ont ensuite été répétées sans fin jusqu’à devenir une sorte de vérité émotionnelle. “Bitcoin pollue”, disent-ils, avec la même confiance que ceux qui affirmaient autrefois que la Terre était plate. Cela les rassure. Cela leur donne l’impression de maîtriser un sujet qu’ils n’ont même pas pris la peine d’effleurer. Et dans un monde saturé de récits simplistes, cela suffit souvent.
Le problème, ce n’est pas que cette phrase soit fausse. Le problème, c’est qu’elle est intellectuellement paresseuse. Elle confond consommation et destruction, énergie et pollution, coût et externalité. Elle évite toute nuance. Elle se contente d’associer deux mots de manière mécanique, comme si la complexité du réel pouvait être réduite à un slogan. C’est ce que font les récits faibles : ils compressent la réalité jusqu'à la rendre méconnaissable, puis la vendent au public sous forme d'indignation prête-à-consommer.
Pour comprendre pourquoi ce mythe perdure, il faut revenir à une vérité simple : les gens ne comprennent pas l’énergie. Ils ne savent pas ce qu’elle représente. Ils ne savent pas d’où elle vient. Ils ne savent pas comment elle circule. Ils consomment sans savoir. Ils vivent dans des villes alimentées par des infrastructures gigantesques, invisibles, dont ils ignorent l’existence. Ils se fient à des boutons, à des interrupteurs, à des prises, à des batteries. Ils appuient. Ça s’allume. Ils débranchent. Ça s’éteint. À leurs yeux, c’est suffisant. C’est tout ce qu’ils veulent savoir. Et dans ce monde d’inconscience énergétique, accuser Bitcoin est facile. C’est un bouc émissaire parfait. Visible. Concret. Technique. Mystérieux. Et surtout : incompris.
La réalité énergétique de Bitcoin est pourtant radicalement différente de ce que l’on raconte. Le réseau n’est pas une usine à fumée. Il n’est pas une raffinerie. Il n’est pas une centrale au charbon. Il n’est pas une infrastructure industrielle massive. Le réseau, c’est un ensemble d’individus, de machines, de paysans numériques connectés à la marge des systèmes traditionnels. Ce sont des mineurs plug-and-play dans des garages, des conteneurs installés sur des champs de gaz brûlé, des fermes alimentées par l’hydroélectricité perdue, des stations géothermiques, des excédents solaires, des barrages sous-utilisés. Bitcoin consomme ce que le système rejette. Il se nourrit de pertes. Il convertit l’inutilisé en vérité mathématique.
Pour comprendre à quel point ce discours sur la pollution est absurde, il suffit d’observer un fait simple : la majorité de l’énergie utilisée par le mining n’est pas de l’énergie concurrencée. C’est de l’énergie gaspillée. L’énergie qui ne peut pas être transportée. L’énergie produite au mauvais endroit. L’énergie produite au mauvais moment. L’énergie perdue dans le réseau, brûlée faute de consommateurs. On ne parle pas de concurrence énergétique. On parle de recyclage énergétique. Le système fiat exige la continuité. Bitcoin utilise l'intermittence. Le fiat demande l’optimisation centralisée. Bitcoin se nourrit de la décentralisation chaotique. Le fiat brûle en masse. Bitcoin brûle à la marge.
Mais les médias n’aiment pas la nuance. Ils préfèrent dire : “Bitcoin consomme autant que tel pays.” Une comparaison absurde et infantilisante. Comme si la consommation d’un pays était un indicateur moral. Comme si la consommation énergétique signifiait automatiquement pollution. Comme si l’activité économique n’avait pas de coût. Comme si les infrastructures financières traditionnelles fonctionnaient à l’énergie solaire et à la magie.
Mettons un instant les chiffres à plat. Les banques, les serveurs bancaires, les tours, les agences, les distributeurs automatiques, les transports de fonds, les véhicules blindés, les systèmes de sécurité, les caméras, les réseaux de paiement, les terminaux, les centres de données cloud, les infrastructures anti-fraude, les chambres de compensation, les systèmes SWIFT, Visa, Mastercard, American Express, tout cela consomme. Tout cela brûle de l’énergie. Tout cela représente un coût monstrueux. Mais ce coût est invisible parce qu’il est disséminé. Dilution psychologique. Les gens voient un mineur. Ils ne voient pas un réseau bancaire mondial.
Et puis il y a le cloud. Ce monstre silencieux. Cet empire de consommation énergétique qui ne choque personne parce qu’il est présenté comme une évolution naturelle du monde moderne. Pourtant, la dépense énergétique mondiale du cloud dépasse largement celle du mining Bitcoin. Les centres de données consomment des quantités faramineuses d’électricité, nécessitent des infrastructures de refroidissement gigantesques, exigent une redondance permanente. Le numérique moderne est une dévoreuse d’énergie. Les vidéos en streaming consomment plus d’énergie par an que tout le réseau Bitcoin. Les réseaux sociaux consomment plus que Bitcoin. Les jeux en ligne consomment plus que Bitcoin. L’IA générative, en 2025, consomme infiniment plus que le mining Bitcoin. Mais personne ne dit “YouTube pollue” ou “TikTok détruit la planète”.
Pourquoi ? Parce que ces services sont familiers. Utiles. Confortables. On ne critique jamais ce dont on dépend. On critique ce que l’on ne comprend pas. Bitcoin ne pollue pas. Bitcoin dérange. C’est différent. Le réseau fiat, lui, pollue réellement. Pas symboliquement. Physiquement. Les billets de banque, les matériaux, les transports, l’extraction, les fusions, le papier, les encres sécurisées, les réseaux de caméras, les coffres, les bâtiments en béton. Les serveurs bancaires tournent 24h/24. Les centres de paiement gèrent des millions de transactions par seconde. Le fiat consomme, brûle, détruit. Mais le fiat est normalisé. Invisible.
Comparer Bitcoin au fiat, c’est comme comparer un briquet à un pipeline. L’échelle n’a rien à voir. La complexité non plus. Le système monétaire traditionnel existe depuis des siècles. Il repose sur un empire d’infrastructures physiques, de technologies obsolètes, de machines archaïques maintenues en vie artificiellement. Bitcoin fait tout cela avec des ASIC posés dans des garages.
L’autre mensonge dans l’équation, c’est la confusion entre consommation et pollution. Le réseau Bitcoin consomme. Oui. Il consomme de l’énergie, comme tout ce qui fonctionne. Mais consommer n’est pas polluer. Un panneau solaire consomme de l’énergie pour être fabriqué. Un iPhone consomme de l’énergie. Un data center consomme de l’énergie. Une voiture électrique consomme de l’énergie. Et pourtant on ne les accuse pas de “pollution” simplement parce qu’ils consomment. Ce qui pollue, ce n’est pas la demande énergétique de Bitcoin. Ce qui pollue, c’est la production énergétique mondiale. Ce qui pollue, c’est la façon dont certains pays produisent leur énergie. Ce qui pollue, ce n’est pas Bitcoin. Ce sont les centrales à charbon construites par les États qui accusent Bitcoin.
Le mythe “Bitcoin pollue” ignore une vérité scientifique évidente : Bitcoin déplace la demande énergétique vers les sources les plus économiques, donc les moins chères, donc souvent les plus renouvelables ou les plus excédentaires. Une centrale hydroélectrique surdimensionnée ne peut pas stocker son surplus. Un puits de gaz torché ne peut pas arrêter son dégazage. Une ferme solaire hors réseau ne peut pas utiliser son excédent. Bitcoin récupère ce qui aurait été perdu. Bitcoin transforme les pertes en sécurité monétaire. Bitcoin n’est pas une concurrence pour le réseau électrique. Bitcoin est un amortisseur.
Les écologistes honnêtes le savent. Ceux qui étudient réellement les données comprennent vite que Bitcoin est l’un des rares systèmes incitant à produire de l’énergie propre dans des zones délaissées. Le mining mobile se déplace là où l’énergie est la moins chère. Cette énergie est rarement fossile. Elle est renouvelable, marginale, manquante d’utilité. Ce que Bitcoin consomme n’était utile à personne avant lui. Il n’y a donc pas concurrence. Il y a valorisation.
Et au-delà de la science, il y a la dimension philosophique. Bitcoin consomme pour produire de la vérité. Le fiat consomme pour maintenir une illusion. Bitcoin consomme pour sécuriser un réseau incorruptible. Le fiat consomme pour nourrir un système basé sur la dette et la dilution. Bitcoin consomme pour créer de la finalité. Le fiat consomme pour entretenir la complexité.
L’argument écologique contre Bitcoin est donc un mensonge par omission. Il ignore les infrastructures du fiat. Il ignore les infrastructures du cloud. Il ignore les infrastructures de la surveillance numérique. Il ignore l’impact énergétique des IA, des réseaux sociaux, du streaming, des jeux vidéo, des serveurs publicitaires, des blockchains inutiles lancées par milliers. Bitcoin n’est qu’une fraction de cette consommation. Une fraction minuscule. Mais une fraction visible. Et dans une société où tout ce qui est visible est suspect, Bitcoin est devenu un bouc émissaire.
Il faut remettre les choses à zéro. Non pas pour défendre Bitcoin, mais pour révéler l’indécence du discours anti-Bitcoin. Un discours porté par des institutions qui consomment mille fois plus et détruisent cent fois plus. Un discours porté par ceux qui impriment de la monnaie sans se soucier de son coût réel. Un discours porté par ceux qui utilisent l’écologie comme une arme politique, pas comme une science.
Bitcoin consomme l’équivalent d’un système nerveux minimal. Le fiat consomme l’équivalent d’un empire militaire. Le cloud consomme l’équivalent d’un État moderne. Et l’IA consommera bientôt l’équivalent d’un continent. Le mythe “Bitcoin pollue” ne tient pas face à la réalité. Il ne tient que face à l’ignorance. Bitcoin ne pollue pas. Il révèle. Il révèle le gaspillage du fiat. Il révèle les infrastructures invisibles du cloud. Il révèle la fragilité du système énergétique mondial. Il révèle l’hypocrisie de ceux qui critiquent. Il révèle la dépendance des individus à des systèmes qu’ils ne comprennent pas.
Bitcoin consomme. Oui. Mais il rend quelque chose en échange : la vérité. Le fiat consomme mille fois plus, et rend en retour : la dette.
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