BITCOIN FACE À LA GUERRE
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Pas une crise diplomatique, pas une escalade lente faite de déclarations et de sanctions économiques. Une guerre. Brutale. Immédiate. Visible en direct sur les écrans du monde entier. Le 28 février 2026, alors que la plupart des capitales occidentales dormaient encore ou sortaient à peine de la nuit, les premières images ont commencé à circuler sur les réseaux. Des explosions dans la périphérie de Téhéran. Des colonnes de fumée noire qui montaient dans le ciel gris de l’aube. Des vidéos tremblantes filmées depuis des appartements anonymes, des toits d’immeubles, des téléphones portables qui captaient l’instant avant même que les gouvernements ne confirment quoi que ce soit. Très vite, les rumeurs ont laissé place aux faits. Les États-Unis et Israël venaient de lancer l’opération militaire la plus ambitieuse depuis l’invasion de l’Irak. Une série de frappes coordonnées visant des infrastructures militaires stratégiques en Iran. Des bases aériennes.
Des centres de commandement. Des installations liées au programme balistique iranien. L’opération semblait préparée depuis des mois, peut-être des années. Les missiles de croisière Tomahawk et les frappes aériennes avaient été synchronisés avec une précision chirurgicale. Mais un détail allait transformer cet événement militaire en séisme politique mondial. La cible principale de l’opération n’était pas seulement une base ou un centre de recherche. C’était un homme. Ali Khamenei, guide suprême de la République islamique d’Iran depuis 1989, figure centrale du régime et incarnation politique du pouvoir religieux iranien, aurait été personnellement visé dans son bunker de commandement. Pendant plusieurs heures, l’information est restée incertaine. Les chaînes d’information parlaient de frappes. Les gouvernements restaient silencieux. Les analystes spéculaient. Puis la confirmation est tombée. Khamenei était mort.
À partir de ce moment précis, la situation n’était plus une simple opération militaire. Elle devenait un événement géopolitique majeur, capable de reconfigurer l’équilibre stratégique du Moyen-Orient et d’entraîner une réaction en chaîne à l’échelle mondiale. La réponse iranienne n’a pas tardé. En moins de vingt-quatre heures, l’Iran a lancé plus de cent soixante-dix missiles balistiques vers différentes cibles au Moyen-Orient. Israël bien sûr, mais aussi le Koweït, Bahreïn, le Qatar et les Émirats arabes unis. Partout où des bases américaines étaient présentes. Partout où des infrastructures stratégiques pouvaient être touchées. Le message était clair. La riposte ne serait pas symbolique. Pendant que les missiles traversaient le ciel nocturne du Golfe persique et que les systèmes de défense antimissile entraient en action, un autre phénomène, plus discret mais tout aussi révélateur, était en train de se produire ailleurs. Sur les marchés.
Car il existe aujourd’hui un actif financier qui ne ferme jamais. Un marché qui reste ouvert quand toutes les bourses du monde sont encore éteintes. Un thermomètre permanent de la peur et de l’avidité humaines. Cet actif s’appelle Bitcoin. Et ce week-end-là, Bitcoin allait offrir une lecture presque clinique de la manière dont le capital mondial réagit face à une guerre. Lorsque les premières images de Téhéran en feu ont commencé à circuler sur X, les algorithmes de trading ont réagi avant même que la plupart des humains ne comprennent ce qui se passait. Les titres d’actualité ont été scannés, analysés, traduits en signaux de marché. En moins d’une heure, Bitcoin est passé sous les 63 000 dollars. Trois cents millions de dollars de positions longues ont été liquidées presque instantanément. Les traders trop exposés, trop optimistes, ont été expulsés du marché par la violence mécanique des liquidations. Sur le papier, près de 128 milliards de dollars de capitalisation crypto se sont évaporés en quelques minutes.
La scène était familière. Peur. Panique. Liquidations. Commentateurs annonçant déjà un effondrement plus profond. Le scénario classique que les marchés ont répété des centaines de fois. Mais cette fois-ci, quelque chose d’étrange allait se produire. Alors que les rumeurs concernant la mort de Khamenei commençaient à se confirmer, Bitcoin a brutalement inversé sa trajectoire. Pas un simple rebond technique, pas une petite récupération timide. Un pump. Le prix est remonté au-dessus de 68 000 dollars en quelques heures. Une hausse rapide, presque violente, comme si le marché venait soudainement de digérer l’information et d’en tirer une conclusion différente de celle que la panique initiale avait suggérée. À la fin de la journée de samedi, alors même que la coalition occidentale venait de frapper l’Iran et que des missiles balistiques pleuvaient sur plusieurs pays du Moyen-Orient, Bitcoin se stabilisait autour de 66 700 dollars.
La journée où le monde venait peut-être d’entrer dans un nouveau conflit majeur se terminait avec Bitcoin en territoire positif. Le dimanche, la tension est restée maximale. Les frappes continuaient. Les déclarations politiques se multipliaient. L’Iran menaçait d’élargir le conflit. Les bases américaines dans le Golfe restaient en alerte maximale. Les marchés traditionnels étaient encore fermés. Mais certains actifs ont commencé à réagir. Le pétrole s’est envolé à l’ouverture asiatique. Le baril s’est rapidement installé au-dessus des 75 dollars, porté par la crainte d’une perturbation des routes énergétiques dans le détroit d’Ormuz. L’or et l’argent ont également progressé, comme ils le font presque toujours lorsque la géopolitique devient incertaine. Bitcoin, lui, est resté étonnamment stable.
Le prix oscillait dans un corridor étroit entre 66 000 et 67 000 dollars. Une légère pression à la baisse apparaissait parfois, mais rien qui ressemble à un effondrement. Rien qui ressemble à une capitulation. Lundi matin, lorsque les marchés traditionnels ont finalement rouvert, les futures des grands indices américains ont immédiatement réagi à la situation géopolitique. Les actions technologiques ont reculé. Le Nasdaq a montré les signes de stress les plus visibles. Bitcoin a suivi ce mouvement pendant quelques heures. Puis il s’est stabilisé. Et c’est là que le phénomène devient intéressant. Car pendant que les marchés actions tentaient encore d’évaluer les conséquences possibles du conflit, Bitcoin avait déjà traversé l’essentiel de sa réaction émotionnelle. En l’espace de soixante-douze heures, le marché crypto avait absorbé une guerre.
Les marchés traditionnels, eux, continuaient encore d’essayer de comprendre ce qui venait de se passer. Cela révèle quelque chose de fondamental sur la nature actuelle de Bitcoin. Beaucoup de discours simplistes présentent Bitcoin comme un refuge parfait, un équivalent numérique de l’or capable de résister immédiatement à toutes les crises. La réalité est plus complexe. Bitcoin n’est pas encore un refuge. Lorsque le choc initial se produit, Bitcoin réagit encore comme un actif risqué. Les investisseurs vendent. Les liquidations se déclenchent. Le prix chute. C’est exactement ce qui s’est produit lors de l’invasion de l’Ukraine en 2022. Bitcoin avait chuté de plus de 8 % dans les premières heures. Mais ensuite, quelque chose de particulier se produit. Bitcoin récupère plus vite que les autres actifs risqués.
Après l’invasion de l’Ukraine, Bitcoin avait progressé de près de 28 % dans les soixante jours suivants. Après l’attaque du Hamas contre Israël en octobre 2023, le schéma avait été similaire. Une chute initiale, suivie d’un rebond rapide. Ce week-end, ce schéma s’est reproduit, mais avec une différence importante. Le dip n’a pas duré plusieurs jours. Il a duré quelques heures. Ce qui est en train de se produire n’est pas une faiblesse de Bitcoin. C’est l’apparition progressive d’un consensus implicite sur les marchés. Les chocs géopolitiques sont devenus des opportunités d’achat. Ce consensus est visible dans les données du marché des options. Pendant que la panique dominait les réseaux sociaux et que les liquidations se produisaient en cascade, certains investisseurs achetaient massivement des options call sur Bitcoin à 74 000 et 75 000 dollars pour mars 2026. Quelqu’un, quelque part, regardait ce chaos et voyait une opportunité.
Ce n’était pas un pari aveugle. C’était une thèse. Car derrière les fluctuations de prix immédiates se cache une dynamique beaucoup plus profonde. Une dynamique qui relie directement la géopolitique, la monnaie et Bitcoin. Pour comprendre cela, il faut envisager deux scénarios possibles pour la suite du conflit. Le premier est le scénario le plus confortable. Le conflit reste contenu. L’Iran, privé de son guide suprême, choisit de limiter l’escalade. Les négociations diplomatiques reprennent après une démonstration de force militaire. Le détroit d’Ormuz reste ouvert. Les routes énergétiques ne sont pas perturbées durablement. Dans ce scénario, le pétrole redescend progressivement. L’inflation mondiale ne repart pas à la hausse. La Réserve fédérale américaine peut maintenir sa trajectoire monétaire sans devoir intervenir massivement.
Dans ce cas, Bitcoin pourrait simplement reprendre la tendance haussière qui s’esquisse déjà depuis plusieurs semaines. Les niveaux de 74 000 ou 75 000 dollars deviendraient rapidement des objectifs plausibles. Mais il existe un second scénario. Un scénario dont les gouvernements parlent peu publiquement. Une guerre longue. Un conflit régional qui s’étend, qui implique davantage d’acteurs, qui perturbe durablement les routes énergétiques. Un détroit d’Ormuz partiellement fermé. Un pétrole qui s’installe au-dessus de 90 ou 100 dollars le baril. Dans ce scénario, les conséquences économiques seraient immédiates. L’inflation repartirait. Les banques centrales seraient piégées. Les taux d’intérêt ne pourraient pas être réduits malgré le ralentissement économique. Les marchés actions souffriraient.
Bitcoin pourrait alors subir une nouvelle phase de pression à court terme. Un retour vers 60 000 dollars, voire 55 000 dollars, deviendrait possible. Beaucoup d’investisseurs redoutent ce scénario. Mais il contient une ironie profonde. Car les guerres longues ont toujours la même conséquence économique. Elles obligent les États à dépenser. Des budgets militaires d’urgence. Des programmes de soutien. Des aides aux alliés. Des dépenses colossales qui ne peuvent être financées que d’une seule manière. Par la dette. Et lorsque la dette devient trop lourde, par la création monétaire. L’histoire monétaire est remplie de ces moments où les conflits géopolitiques ont forcé les gouvernements à imprimer davantage de monnaie. La Première Guerre mondiale. La Seconde Guerre mondiale. La guerre du Vietnam. Chaque guerre majeure laisse derrière elle une montagne de dettes et une monnaie affaiblie.
Dans ce contexte, Bitcoin possède une caractéristique unique. Son offre ne peut pas être augmentée. Chaque dollar imprimé pour financer une guerre renforce implicitement l’argument d’un actif dont l’émission est mathématiquement limitée à 21 millions d’unités. C’est cette dynamique qui fascine de plus en plus d’analystes. Arthur Hayes, ancien dirigeant de BitMEX, a récemment résumé cette idée d’une manière provocante. Selon lui, la prochaine grande vague haussière de Bitcoin ne viendra pas des ETF ni de l’adoption institutionnelle. Elle viendra d’une crise géopolitique majeure. Parce que les crises géopolitiques obligent les gouvernements à relancer la machine monétaire. Et chaque relance monétaire est une publicité involontaire pour Bitcoin. C’est dans ce contexte qu’il faut replacer la situation actuelle du marché.
Le marché crypto traverse encore une phase de correction importante. Le drawdown atteint environ 52 % par rapport aux sommets du cycle précédent. Mais ce genre de correction n’a rien d’exceptionnel dans l’histoire de Bitcoin. La question n’est pas la profondeur de la correction. La question est le contexte dans lequel elle se produit. Aujourd’hui, Bitcoin évolue dans un environnement radicalement différent de celui des cycles précédents. Les ETF institutionnels absorbent des flux réguliers. Les grandes entreprises commencent à intégrer Bitcoin dans leur stratégie de trésorerie. L’infrastructure financière autour de Bitcoin est plus développée que jamais.
Et c’est dans ce contexte qu’un choc géopolitique majeur vient frapper le système. Historiquement, les grands bottoms de Bitcoin se construisent souvent autour d’un événement externe brutal. La faillite de FTX en 2022. Le crash du Covid en mars 2020. Un choc. Une liquidation massive. Puis un calme étrange. C’est dans ce calme que le marché reconstruit lentement sa base. Ce week-end, trois cents millions de dollars de positions longues ont été liquidées en quelques minutes. Les mains faibles ont été expulsées. Les investisseurs les plus agressifs ont acheté la panique. Bitcoin a tenu le support des 63 000 dollars. Et il est reparti. Cela ne signifie pas que le bottom est déjà confirmé. Les marchés ne donnent jamais de certitude. Mais la structure actuelle ressemble davantage à la construction progressive d’un plancher qu’au début d’un effondrement.
Et le choc géopolitique de ce week-end pourrait paradoxalement accélérer ce processus. Car les crises ont une étrange propriété. Elles révèlent la nature profonde des systèmes. Ce week-end, Bitcoin a vécu l’un de ses tests les plus violents depuis qu’il est devenu un actif institutionnel. Et il a tenu. Pas parce qu’il est déjà le refuge parfait que certains imaginent. Mais parce qu’il est devenu quelque chose d’autre. Un marché permanent. Un actif disponible vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, capable d’absorber la peur mondiale avant même que les marchés traditionnels n’ouvrent leurs portes. Un actif que les mains fortes achètent lorsque la panique devient maximale. La guerre qui vient de commencer possède donc deux visages pour Bitcoin. À court terme, elle signifie volatilité. Incertitude. Secousses possibles si le conflit s’intensifie.
Mais à long terme, chaque guerre qui pousse les États à s’endetter davantage et à imprimer davantage de monnaie renforce la logique qui a donné naissance à Bitcoin. La logique d’une monnaie dont personne ne peut manipuler l’offre. La question n’est donc pas de savoir si Bitcoin reprendra sa trajectoire haussière. La seule question qui compte vraiment est celle-ci. À quel prix serez-vous positionné lorsque cela arrivera.
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