LES RUINES DU FIAT
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Il suffit parfois d’un pas de recul pour voir ce que personne ne veut regarder en face. Le monde fiat n’est pas simplement en difficulté, ni même en crise chronique : il est en ruine. Pas une ruine spectaculaire, pas un effondrement hollywoodien avec des gratte-ciels qui s’écroulent et des foules en fuite. Non. Une ruine lente, grise, administrative. Une ruine de formulaires, de dettes, de plans de sauvetage, de réformes bricolées, de promesses oubliées. Une ruine si étendue qu’elle sert désormais de paysage de fond, au point que plus personne ne remarque sa décrépitude. Le fiat s’est effondré depuis longtemps ; il continue simplement de bouger par inertie, comme un corps encore chaud alors que la vie l’a quitté.
Pour comprendre Bitcoin, il faut comprendre cela : il ne vient pas remplacer un système en bonne santé, ni concurrencer une architecture qui fonctionne. Il se dresse face à un champ de ruines. Il émerge dans un monde où les institutions ont perdu leur substance, où les monnaies ont perdu leur fonction, où les citoyens ont perdu confiance. Bitcoin n’est pas apparu comme une alternative. Il est apparu comme un rappel : quelque chose devait exister à la place du vide qui s’installait. Il fallait un socle, une base, une mesure. Le fiat ne l’était plus.
Si l’on adopte une perspective anthropologique, presque archéologique, on peut observer l’époque actuelle comme une civilisation qui tente de maintenir en fonctionnement des structures déjà effondrées. Comme ces sociétés tardives où l’on continue d’ériger des temples vides, où l’on garde des rites dont plus personne ne comprend le sens, simplement parce que l’inertie culturelle est plus forte que la lucidité. Le fiat est devenu cela : un rituel sans essence, un cérémonial sans vérité, une monnaie qui ne raconte plus rien de réel.
Regarde autour de toi : l’inflation permanente qui n’est plus traitée comme un scandale mais comme un climat naturel, les banques centrales qui parlent comme des chamans modernes, invoquant des instruments dont elles ne contrôlent plus les effets, les États qui dépensent comme si la dette n’était qu’une abstraction sans conséquence. Tout cela n’a rien d’un système opérationnel. C’est une lente désagrégation, un effritement structurel, une façade maintenue par des échafaudages de communication.
L’être humain s’adapte à tout, surtout au pire. C’est pour cela qu’une civilisation entière a pu s’habituer à vivre dans les ruines sans même s’en rendre compte. Les générations nées dans le fiat n’ont jamais connu autre chose que l’instabilité monétaire, la confiscation douce, la dépréciation régulière. Elles prennent cela pour la norme, comme un climat économique éternel. Elles n’ont pas l’idée qu’avant, une monnaie servait réellement à mesurer la valeur, pas à organiser la dépendance. Elles ne voient pas que la ruine dans laquelle elles vivent n’est pas un accident : c’est le résultat logique d’un système qui ne peut que s’auto-consumer.
La ruine du fiat n’est pas seulement économique. Elle est psychologique. Elle est morale. Elle est existentielle. Une monnaie défaillante produit des individus défaillants, des comportements erratiques, une société fragile, inapte à se projeter. Car quand la mesure de valeur est instable, tout devient instable : le travail, l’épargne, la confiance, les plans de vie. L’homme fiat vit dans le court-termisme, dans la peur, dans la dépendance. Il est privé de l’un des piliers fondamentaux de la civilisation : la possibilité de se projeter dans le futur sans être dévoré par l’incertitude.
Les ruines du fiat ne sont pas visibles parce qu’elles n’ont pas de pierres cassées. Elles sont invisibles, mais omniprésentes. Elles sont dans les comportements, dans les institutions, dans les infrastructures numériques qui s’effondrent sous leur propre poids, dans les États surendettés, dans les banques fragiles, dans le crédit devenu drogue collective. Chaque citoyen en ressent les effets, mais les mécanismes sont tellement abstraits qu’on accable les mauvaises cibles : les commerçants, les “prix qui augmentent”, les salaires qui stagnent, les entreprises qui licencient. On ne voit jamais la racine : la monnaie, elle-même rongée par son architecture.
Le fiat, pour survivre, a dû se transformer en propagande. On ne peut plus l’expliquer ; il faut le justifier. On ne peut plus l’aimer ; il faut le défendre. On ne peut plus l’utiliser avec confiance ; il faut l’accepter par défaut. Les campagnes de communication des banques centrales ressemblent désormais à des sermons. Les promesses politiques sur le pouvoir d’achat ressemblent à des prières. Les “plans de soutien”, les “plans de relance”, les “mesures exceptionnelles” ressemblent à des incantations. Tout est linguistique, symbolique, théâtral. Comme toujours dans les sociétés qui s’effondrent.
Le fiat ne sait plus fonctionner parce qu’un système basé sur la dette perpétuelle finit inévitablement par atteindre la limite de sa propre absurdité. Une monnaie qui doit être créée ex nihilo pour rembourser la monnaie déjà créée ne peut que dériver vers l’infini. Et lorsqu’elle atteint ses limites, ce n’est pas une réforme qui la sauve, mais une fuite en avant. La création monétaire devient cyclique, obligatoire, permanente. On imprime la monnaie d’hier avec la monnaie de demain. Et quand demain arrive, on recommence. Ce n’est plus une économie, c’est une perpétuelle gestion de crise.
C’est ici qu’arrive Bitcoin, comme une anomalie dans l’archéologie du présent. Un artefact qui n’a rien à voir avec les objets qui l’entourent. Une technologie qui refuse la manipulation, la dette, l’illusion, le mensonge. Une horloge qui tourne selon ses propres lois, indifférente aux gouvernements, aux banques, aux cycles électoraux. Bitcoin n’essaie pas de réparer le fiat. Il en propose le dépassement. Il est une sortie vers le haut, un retour à une forme primitive mais supérieure de vérité économique.
Les ruines du fiat ne sont pas réparables. On ne consolide pas une structure qui s’effondre de l’intérieur. On ne restaure pas une cathédrale dont les fondations sont en sable. Le fiat ne peut pas redevenir ce qu’il n’a jamais été : une monnaie honnête. Mais les civilisations ont toujours fonctionné ainsi : une structure s’écroule, et une autre émerge, parfois silencieuse, parfois incomprise, parfois ridiculisée au début. Puis elle grandit, irrésistible, jusqu’à devenir l’évidence rétrospective.
L’avenir regardera le fiat comme nous regardons les systèmes monétaires du passé : non pas comme des formes stables, mais comme des curiosités historiques. Comme des dispositifs transitoires, imparfaits, chaotiques. Bitcoin, lui, apparaîtra comme la première forme monétaire réellement alignée sur la physique, sur la vérité, sur le temps. Une monnaie qui ne mendie pas la confiance parce qu’elle n’en a pas besoin. Une monnaie qui ne s’effondre pas parce qu’elle n’est adossée à aucune fiction.
Les ruines du fiat sont là. Elles couvrent tout. Elles provoquent des tremblements silencieux, des fractures invisibles, des comportements étranges. Mais sous ces ruines, quelque chose pousse. Un socle solide, un artefact venu du futur, une structure mathématique qui ne vieillit pas. Bitcoin n’est pas venu sauver l’ancien monde. Il est venu en bâtir un autre. C’est en observant les ruines que l’on comprend la nécessité de reconstruire. Et c’est en observant Bitcoin que l’on comprend comment reconstruire.
Le fiat ne sait plus fonctionner. Bitcoin, lui, n’a besoin de personne pour fonctionner. C’est toute la différence. Et c’est toute l’histoire.
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